samedi 9 décembre 2017

cadran terrestre n°20 : "Il suggère en outre qu’il doit exister une grammaire de la vision un peu comparable à celle du langage humain..."

Il évident que les enfants, avant même d’être capables de saisir les objets, savent distinguer ceux qui sont saisissables de ceux qui ne le sont pas, en ne recourant qu’à une information visuelle.

Gregory fait remarquer que « la rapidité avec laquelle les bébés se mettent à associer les propriétés des objets pour apprendre ensuite à prédire des propriétés cachées et des événements qui ne se sont pas encore produits serait inconcevable s’ils ne recevaient en héritage une partie de la structure du monde – qui est en quelque sorte inscrite de manière innée dans le système nerveux ». Il suggère en outre qu’il doit exister une « grammaire de la vision » un peu comparable à celle du langage humain, avec laquelle elle a peut-être des liens dans l’évolution de l’espèce. Grâce à cette « grammaire de la vision » qui est en grande partie innée, les animaux supérieurs sont capables de « découvrir à partir d’images rétiniennes des traits même cachés des objets, et de prédire leurs états futurs immédiats ». Ils peuvent donc « classer des objets selon une grammaire interne et déchiffrer la réalité à partir de leur organe visuel ». On arrive peu à peu à comprendre la base neurologique de ce système depuis les travaux d’avant-garde de Hubel et Wiesel (1962). Plus généralement, on a toutes les raisons de penser que « le comportement d’apprentissage se produit par suite d’une modification d’une organisation structurale qui est déjà fonctionnelle » ; « la survie serait bien improbable si, dans la nature, l’apprentissage exigeait une répétition prolongée caractéristique de la plupart des procédés de conditionnement » ; il est d’ailleurs bien connu que les animaux acquièrent des systèmes complexes de comportement d’une autre façon.

Bien que nombre d’idées directrices de la tradition rationaliste soient plausibles et que celle-ci présente sur des sujets cruciaux des affinités avec le point de vue ses sciences naturelles(...). De l’embryon à l’organisme adulte, il existe un schéma de développement prédéterminé dont les étapes, telles que le début de la puberté ou la fin de la croissance, se trouvent différées de plusieurs années. Les variations à l’intérieur de ces schémas déterminés peuvent avoir une grande importance pour la vie humaine, mais les questions essentielles du point de vue scientifique concernent le schéma fondamental de croissance et de développement, qui est génétiquement déterminé, et qui caractérise l’espèce et engendre des structures d’une complexité étonnante.

Noam Chomsky, Réflexions sur le langage
p.17-18-19, éd. Flammarion coll. Champs

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