lundi 26 juin 2017

extrait du Journal - Paul Hadrien, 18 avril 2014, 15h30, Chemin de Chez les Roux

« Planter un chêne dans le sous-bois. Qu'il ait de l'air, et éviter les racines des acacias. Nos avis divergent, sur l'emplacement. Yves, mon père, me laisse finalement le choix. Ce sera là, pour moi, près de la clôture, et visible au loin, de l'entrée du jardin. Je creuse, aère la terre ; je retire les radicelles et cailloux. La terre est noire, collante. Au fond du trou, prêt à abattre un dernier coup de pioche, un caillou jaune, presque doré se démarque. La terre ne s'y accroche pas. Je me penche pour le ramasser : il tient tout juste dans ma paume ; il est plat, légèrement bombé d'un côté, anguleux de l'autre – trois arrêtes régulières – et le tour effilé, tranchant. Il pèse soudainement lourd. Trois mois plus tard – le chêne est planté, la vie circule à son aise dans ses ramures. Je reviens d'un séjour dans le Périgord. Le caillou, la pierre du 18 avril, selon l'analyse d'un archéologue rencontré aux Eyzies, n'est autre qu'une pointe Levallois, pointe de flèche taillée par un homme de Neandertal, entre -100 000 et -40 000 ans. »

Paul Hadrien, 18 avril 2014, 15h30
Chemin de Chez les Roux, Charentes Maritimes
paru dans le Jdmp n°2, 2015

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